Imaginez un instant : vous pénétrez dans les bois, fusil à l’épaule, prêt à « tuer ». Mais soudain, le cerf que vous visiez ajuste sa propre lunette de précision. Le sanglier n’est plus une cible, c’est une sentinelle. Si la faune sauvage avait les moyens de se défendre, nos forêts deviendraient instantanément les zones les plus calmes de France et de Belgique. Car, ne nous y trompons pas, la chasse repose sur un pilier fondamental : l’absence totale de risque pour celui qui appuie sur la gâchette.

Le courage sélectif : Pourquoi la forêt n’est pas le front

Il est de bon ton, dans les cercles de chasseurs, de vanter une certaine forme de virilité ou de connexion ancestrale avec la nature. On parle de « sport », de « gestion », de « bravoure ». Pourtant, le paradoxe est flagrant. Tirer sur un animal sans défense, souvent piégé par des rabatteurs ou attiré par l’agrainage, est à des années-lumière d’un acte de bravoure.

Si ces « guerriers du dimanche » étaient si avides d’adrénaline et de confrontations héroïques, les centres de recrutement pour les conflits internationaux, que ce soit en Ukraine ou ailleurs, seraient saturés de leurs candidatures. Mais non. Il est bien plus confortable de jouer au soldat face à un lièvre qui n’a que ses pattes pour fuir. Le chasseur tient à sa vie, à son confort, et surtout à sa sécurité. L’arme n’est pas ici un outil de combat, mais un instrument de domination lâche. Dans une forêt où le gibier répondrait au coup par coup, les miradors seraient vides en moins de vingt-quatre heures.

L’agonie en silence vs le Doliprane pour un bobo

Le contraste le plus saisissant réside dans le rapport à la douleur. La chasse dite « propre » est un mythe entretenu par les Fédérations. Dans la réalité, de nombreux animaux sont blessés par des tirs imprécis. Un cerf peut errer pendant des jours avec une mâchoire fracassée ou une plaie abdominale purulente, agonisant dans une solitude atroce.

Pendant ce temps, l’auteur du tir, rentré au chaud, n’hésitera pas à réclamer une boîte de Dafalgan ou une Sédergine à la moindre migraine ou dès qu’il s’égratigne sur une ronce. Ce décalage entre la souffrance infligée et la sensibilité personnelle est le comble du cynisme. On inflige la torture, mais on ne tolère pas l’inconfort. Cette déconnexion totale avec la réalité nerveuse de l’animal est ce qui permet à cette pratique de perdurer : l’autre n’est pas perçu comme un être sensible, mais comme un objet de divertissement jetable.

Le complexe de Caliméro : Des tueurs qui se posent en victimes

Enfin, il y a la posture médiatique. À écouter les représentants des chasseurs, ils seraient l’espèce la plus menacée de France et de Belgique. Victimes de « l’agribashing », de « l’animalisme radical » ou simplement de la méchanceté des promeneurs, ils se drapent dans une cape d’opprimés. C’est le syndrome de Caliméro : « C’est vraiment trop injuste ! » s’exclament-ils dès qu’une campagne de sensibilisation dénonce leurs actes barbares.

Ils se plaignent des entraves à leur « liberté », oubliant que leur liberté commence là où s’arrête le droit des animaux à vivre et celui des citoyens à se promener sans risquer une balle perdue. Ils veulent le respect, mais n’offrent que la mort. Ils veulent la compréhension, mais font preuve d’une opacité totale sur leurs pratiques réelles.

Pour une forêt sans privilèges de mort

Si les animaux étaient armés, la chasse s’arrêterait d’elle-même par simple manque de candidats volontaires. Cela prouve une chose : ce n’est pas l’amour de la nature qui anime cette pratique, mais le plaisir de l’impunité. Chez Animals Protect, nous continuerons de dénoncer ce déséquilibre flagrant. Il est temps que la loi protège ceux qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes et que la forêt redevienne un sanctuaire de vie, et non un terrain de jeu pour tireurs en quête de sensations faciles.